Les magistrales de Châtenay-Malabry, mon compte-rendu

Les Magistrales de Châtenay-Malabry

Edition 2014 sur le thème « Les appli santé et l’e-médecine, une mode ou un nouveau mode de vie ? »

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Dans le cadre du Master Marketing Pharmaceutique de l’université Paris-Sud, faculté de pharmacie de Châtenay-Malabry, les 30 étudiants du master ont eu pour mission de Décembre à Juin de monter un projet avec comme seule consigne : créer une solution de e-santé répondant à une problématique de santé.

Les étudiants, par groupe de 5 ou 6, étaient soutenus dans leurs projets par leurs professeurs et des industriels tels que des membres de GSK. En plus de cet accompagnement ils bénéficiaient, grâce à leur système d’alternance, d’une expérience tout au long de l’année dans les équipes marketing de leurs entreprises respectives (les  cours du master étant donnés le soir).

Pour présenter leurs projets les élèves ont dû au cours de la période de 6 mois :

  • Dégager une problématique de santé
  • Faire une analyse de marché des solutions existantes face à cette problématique
  • Proposer leurs idées, en faire une analyse SWOT et de viabilité
  • Proposer un planning de gestion de projet et un micro-business plan pour leurs idées
  • Proposer une campagne promotionnelle
  • Proposer des indicateurs de suivi
  • Les présenter lors des Magistrales en 15 minutes

C’était donc un projet complet à mener en 6 mois.

Les présentations se sont faites devant un jury composé du directeur général d’iHealth, d’un la précédente majeure de promo, d’une pharmacienne d’officine, de deux pharmaciens industriels dont un de GSK. Un jury donc assez représentatif de l’écosystème de santé, il ne manquait plus qu’un réel patient et un médecin (qui étaient  plusieurs dans le public et ont donné des avis très constructifs aux candidats durant l’apéritif).

Voici un petit sum-up de ce que j’ai vu

1er projet

Projet : Bien manger avec Julie et Léo

Problématique de santé : Prévenir l’obésité infantile

Constat : les applications préférées des enfants sont des jeux

Cibles : les enfants de 3 à 12 ans et leurs parents

Moyen de déploiement : à travers le médecin et sur les apple, google store

Financement : gratuite pour l’utilisateur, elle serait financée par les industries pharmaceutiques voulant utiliser l’application pour augmenter leur notoriété et améliorer leur image

Objectif : 3000 téléchargements le premier mois, devenir en 1 an l’application préférée des 3 à 12 ans

Solution : une application mobile, téléchargeable sur les stores, de 3 modules. Le premier module, jeu, permet d’incarner la peau de Julie et Léo dans une course en 2D comme dans des jeux comme Mario ou Sonic. Plus l’enfant récolte de fruits et légumes plus il court vite. A l’inverse plus il récolte d’aliment gras, salé, sucré, plus il ralenti et perd 1 de ses 3 vie. L’enfant peut gagner des niveaux et évoluer sur un parcours d’une trentaine de niveaux. Cependant en plus de ces courses, pour passer au niveau suivant, surprise, l’enfant se fait demander un peu d’exercice physique, en minutes et un chronomètre se lance. Le deuxième module est un module de conseils, ils s’affichent sous forme de bulles de bandes dessinées. Enfin le troisième module est un module de recettes simples et équilibrées que l’enfant peut proposer et refaire avec ses parents. Ces recettes sont expliquées par vidéos. Le contenu scientifique de l’application étant validé par un médecin généraliste.

Coût : estimé  à 1 million d’euros pour le projet total dont sa promotion

Le groupe a également proposé une vidéo promotionnelle.

Ce projet était de loin le moins abouti et le moins bien réfléchi. J’ai appris plus tard que les étudiants avaient changé de projet peu de temps avant la date de rendu, d’où les erreurs de ce projet.

Les erreurs de ce projet sont multiples :

–          De telles applications existent déjà. Il existe aujourd’hui 100 000 applications santé. Rien dans cette application n’apporte de plus-value par rapport à l’existant.

–          Le jeu proposé dans cette application est barbant or toute l’application repose dessus

–          La cible et le fonctionnement de l’application ne sont pas du tout adaptés l’un à l’autre. Les conseils étant écrits, un enfant de  3 ans ne pourra pas les lires. Il s’agit donc finalement d’une application pour jeune ado ou parents mais dans ce cas-là le jeu doit être revu

–          Son mode de financement : un laboratoire ne dépenserait pas 1 million d’euros dans une option de notoriété, d’autant plus si peu différenciante sur le marché. Sachant que les plus gros laboratoires s’intéressant aux diabètes et  aux troubles cardio-vasculaires, comme Sanofi, ne développent pour l’instant pas d’application mobile ciblant le patient directement. De plus l’objectif de 3000 téléchargements à ce prix-là est ridicule.

–          La légitimité d’un laboratoire pharmaceutique a proposé ce genre d’application mobile est toujours controversé.

Un petit point sur la présentation des candidats :

Deux vidéos, une de présentation de l’application et une autre utilisée pour le lancement du produit. Un petit flyer disponible et un site web mis en place. Trop de lecture par les intervenants, pas de contact avec le public.

2ème Projet

Projet : Médi-secur, application mobile de simplification de la déclaration des effets indésirables

Problématique de santé : Il y a chaque année 275 000 à 395 000 effets indésirables estimés dont 34 à 45 % pourraient être évités et dont seulement 24 % sont remontés. Ces effets indésirables non remontés amènent à des ré-évaluation des pratiques médicales et des traitements médicamenteux trop tardives et représentent un coût important.

Constat : La déclaration des effets indésirables est disponible au patient depuis 2009 et faisable par le médecin. Cependant malgré toute la bonne volonté du monde les stop sur le processus de déclaration sont trop nombreux : le formulaire est difficilement trouvable et très compliqué à remplir, il doit être renvoyé par courrier postal (-_- … non mais vous pensez à quoi ?!)

Cible : Patients et professionnels de santé

Moyen de déploiement : Promotion par les centres régionaux de pharmacovigilance, les médecins, les pharmaciens

Financement : gratuite pour l’utilisateur, elle serait financée par les institutions publiques  ou par les laboratoires privés. LE coût a été calculé selon les deux hypothèses.

Concurrence : Drugee et eVedrug propose des solutions similaire. Drugee utilisant le même formulaire que celui disponible en ligne et eVedrug ne demandant que des informations minimales, les deux étant à remplissage manuel. Ces applications sont gratuites pour les patients mais financées par les laboratoires clients qui reçoivent ainsi en direct les remontées d’effets indésirables concernant leurs médicaments.

Objectif : Augmenter de 60% la déclaration des effets indésirables en 3  ans et réduire de 30% les hospitalisations dues à ces effets secondaires permettant ainsi 80 millions d’économie (je ne me rappelle plus de la période de temps)

Solution : Une application mobile en plusieurs modules. Le premier est le module de déclaration, basé sur un formulaire, identique à celui disponible sur internet, mais designé. La nouveauté de cette application par rapport à ses concurrents est de pouvoir flasher le code CIP flashcode de sa boîte de médicament pour que la spécialité en cause s’intègre directement dans le formulaire. Le deuxième module est de déploiement d’alertes des centres de pharmacovigilance. Le troisième module permet de rechercher une notice de médicament et enfin le dernier permet d’accéder à son dossier médical.

Coût : estimé à 830 000 euros pour un laboratoire privé et 1 630 000  euros si financé par les institutions publiques. La différence de coût venant des campagnes de communication étant fondamentalement différentes et plus importante pour l’état.

Les erreurs de ce projet :

–          Problème encore et encore de la sécurisation des données malgré le cryptage et la déclaration à la CNIL proposés

–          Pas de réelle innovation car le scan du flashcode est insuffisant, il faut aller plus loin dans l’idée de remplissage automatique du dossier.

–          Le regroupement d’information des différents acteurs de santé publique nécessaire au fonctionnement de l’application est loin d’être possible aujourd’hui car vu ou nous en sommes avec le DP et le DMP, nous en sommes loin avant de l’avoir accessible sur notre smartphone via une app.

Petit retour sur la présentation :

Un système de projection de l’écran du smart phone pour montrer l’utilisation de l’appli en temps réelle. Trop de texte dans la présentation, un ton un peu faible mais une bonne communication non verbale et des déplacements vers le public réussi.

3ème projet

Projet : Bip-hal

Problématique de santé : Améliorer l’observance des patients asthmatiques

Constat : Plus de la moitié des patients asthmatiques ne prennent pas correctement leurs traitements amenant à une inefficacité de ce dernier.

Cible : Le patient

Moyen de déploiement : Via le pharmacien d’officine lors de la dispensation des spécialités grâce à une brochure explicative. Le patient doit signer un consentement. Le pharmacien installe l’application avec son patient et lui en explique le fonctionnement.

Financement : Par le laboratoire

Objectif : Augmenter les ventes de 2 boîtes par an par patient. Sachant qu’en France 1.4 million de patients sont sous association fixe pour leur traitement de l’asthme, maladie chronique, dont une moitié non observant soit 750 000 personne. Si un laboratoire fait 30 % des parts de marché, il touche environ 250 000 personnes. Si 20% utilisent l’application mobile, cela fait 50 000 personnes. L’augmentation des ventes prévues serait de 2 boîtes par patient par an soit 100 000 boîtes de plus par an. Soit une rentabilisation calculée par le groupe du projet en un an avec  50 000 euros de plus-value et de + de 21 millions estimés sur 10 ans.

Solution : Une puce à disposer sur les embouts des inhalateurs qui permet par un système semble de percevoir de conduction électrique de percevoir le dépôt des lèvres sur l’inhalateur et donc la prise du produit. Cette puce contentant un émetteur bluetooth qui permet d’envoyer les informations à une application mobile asthma bip. Cette application mobile étant elle-même reliée à une plateforme pour le pharmacien qui lui fait un bilan des prises de son patient, lui permettant d’adapter ses rendez-vous d’éducation thérapeutique. L’application rappelle aussi au patient ses prises et propose des prises de rendez-vous pour éducation thérapeutique chez son pharmacien d’officine.

Coût : 795 000 euros pour le laboratoire pour le développement du produit et 1 million pour la production de la puce et sa mise en place sur les produits soit un total de 1.8 million d’euros.

Les réussites de ce projet :

–          Un business model réussi

–          Une solution pour le patient, le pharmacien et l’industriel, tous y gagnent !

–          L’éducation thérapeutique est laissée au pharmacien

–          Du point de vue légale tout est bon et le laboratoire augmente ses ventes sans risquer de controverse

On pourrait juste y rajouter :

–          Un module de scan du CIP pour obtenir des informations sur son produit

Sur la prestation des candidats : des vidéos de micro-trottoir rigolotes (mais plutôt négatives au final sur l’image du projet globale car débutantes et chorégraphié). Une vidéo de mise en situation du produit. Une présentation claire, pas trop chargée, dynamique mais manquant de professionnalisme par rapport à la qualité du projet.

4ème projet

Projet : iHelp360

Problématique de santé : Le patient Alzheimer n’est pas suffisamment prise en charge, les aidants s’épuisent à rester constamment au chevet du patient.

Constat : Il faut aider les aidants et diminuer les coûts parallèles de la maladie

Cible : Les patients atteints d’Alzheimer, leurs aidants, leurs médecins de suivi et l’équipe médicale

Moyen de déploiement : Conseillé par le médecin et les associations de patients

Financement : Payé par les laboratoires et les aidants

Objectif :

Solution :  Un système sous forme de tablette, de bracelet, d’application et d’un cube de relai central. La tablette iPad est simplifiée en 8 petites icones

–          Appeler médecin

–          Appeler famille

–          Traitement : alarme de rappel des prises

–          Alerte infirmière

–          Calendrier, pour se repérer

–          Rappel : pour ne plus oublier

–          Quizz et jeux pour s’entrainer et maintenir son éveil cérébral avec des jeux adaptés, simples, validés par une équipe médicale.

Le bracelet au bras de la patiente permettra lui de détecter les chutes et de prévenir l’aidant par sms mais aussi d’envoyer une alerte au médecin. Le bracelet permet aussi la géolocalisation est envois une alerte à l’aidant avec une adresse si la personne âgée sort du périmètre.

L’application disponible sur le smartphone de l’aidant permet de recevoir les alertes. Mais l’application lui permet aussi d’accéder au portail France Alzheimer et de communiquer via Whatsapp avec d’autres aidants.

Coût : 400 000 euros de communication via les VM et 400 000 euros de comm pour le grand public auxquels devront se rajouter les coups de production. Mais permettrait d’économiser 13 000 euros si retarde la mise en institutions de 6 mois.

Déploiement : partenariat avec l’association France Alzheimer qui communique sur l’appli. Déploiement par les professionnels de santé également.

Les plus :

–          Relis tout le personnel médical

–          Propose une solution complète

Les erreurs de ce projet sont multiples :

–          Ajouter une photo de la boîte et du comprimé avec le rappel de la prise

–          Pas vraiment adapté à un patient avec Alzheimer sévère qui perdra sa tablette quelque part ou ne sera l’utiliser

–          Ajouter un système de transfert d’alarme à l’aidant le plus proche notamment le voisin

–          Les alarmes de chute ne doivent pas être envoyées au médecin ou alors sous forme d’une synthèse mensuelle car l’application doit faire gagner du temps au médecin et non l’inverse. Il faut comprendre que le médecin recevra dans le futur des flux de nombreuses applications.

–          Par contre l’application d’alerte de géolocalisation doit être dés activable par l »aidant, notamment quand il part en promenade avec le malade.

–          Ajouter une module d’information sur la pathologie et le traitement sur l’appli de l’aidant

–          Un business model bancal

Retour sur la présentation : théâtralisée, peu de lecture, bonnes sildes.

5ème projet

Projet : E-teens

Problématique de santé : Les adolescents d’aujourd’hui sont les adultes de demain et se rependent des fléaux comme l’obésité, la consommation d’alcool, de tabac, de drogue, les rapports non protégés.  Je rajouterai que récemment, le manque de vaccination, a conduit à des épidémies et des sur-coûts évitables.

Constat : Les ado ne bénéficient pas d’une plateforme unique et les modes de communication (numéro vert notamment) sont pas du tout cool

Cible : Adolescents de plus de 13 ans

Moyen de déploiement : Communication massive par les institutions publiques et via les réseaux sociaux

Financement : Par les institutions

Objectif : Améliorer la prévention santé et les comportements des adolescents

Solution : Une plateforme de monde virtuel 3D en ligne type World of Warcraft dans laquelle vous incarnez de façon anonyme un avatar. Sur cette plateforme plusieurs lieux d’échanges et d’information existent :

–          La maison, l’espace personnel, où l’ado peut paramétrer son compte et son avatar

–          L’infirmerie où l’ado peut recevoir un téléconseil sous forme de livechat 7j/7 de 19j à 23h par une infirmière, un médecin généraliste. Il ne s’agit pas d’une consultation médicale. Des consultations spécifiques, comme diététiques, sont programmées et les ado sont informés par email s’ils ont souhaités s’abonner aux alertes dont ils choisissent les spécialités.

–          L’hôpital : sur des thèmes définis à l’avance, l’ado peut venir échanger en livechat avec un spécialiste

–          La bibliothéque : l’ado peut consulter des fiches conseils et d’informations sur les maladies et les traitements mais aussi des grands thèmes de santé publiques

–          Le kiosque : l’ado va répondre à des études épidémiologiques lancées par les institutions publiques

–          La cafétéria où les ado échangent entre eux

Au fur et à mesure des leurs connections les ado débloquent des serious game

Les informations récupérées ne sont que l’email et l’âge de l’ado.

Coût : 750 000 euros de développement et 520 000  de financement des professionnels de santé et autres frais de fonctionnement chaque année

Les erreurs de ce projet :

–          Malheureusement ici l’offre n’était pas destinée aux industriels et aux pharmaciens présents dans la jury

Bonne présentation

Les gagnants

Ce fut iHealth 360, les seconds Bip-hal. Chaque membre de la première équipe gagna un iPad.

 Master

La qualité du projet montre la qualité du contenu du master. Les étudiants bénéficient d’une formation complète en entreprise, de marketing et de start-up making. La formation est financée par l’entreprise. Les étudiants partent aussi une semaine à Londres en summer school de e-santé. Le master, après seulement deux ans est déjà reconnu des professionnels de santé et bénéficie d’une association avec le LEEM.

Seulement 30 étudiants par promotion et un enseignement d’excellence qui répondra aux besoins de l’industrie et des étudiants